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| La disparition d'A.D. |
Frère TOC
     

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La disparition d'A.D.
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AM 03:39:51 04/30/2010 édité à AM 09:29:39 04/30/2010 |
PROLOGUE
J’ai toujours été amateur des grands shows télévisés. Un véritable amour entre les artistes et leurs fans. Mais il faut le dire, habituellement, les soirées de remises des prix sont plus guindées qu’autre chose. Sourires pincés, costumes stricts et décolletées plongeants à paillettes, le tout dans une ambiance mi-figue, mi-raisin. D’un côté, le public. Un ramassis de têtes de con qui se foutent de ce qu’il se passe sur scène comme de mon premier bouton d’acné. Pourquoi sont-ils là ? Bah juste pour recevoir un prix. Quoi d’autre ? Les artistes sur scène ? Ce ne sont pas eux qui font le spectacle, alors à quoi bon... De toute façon, on sait tous ce qui importe. "Les autres n’ont pas de talent. Mais moi, oui !"
De l’autre côté, on a la scène. Ce n’est qu’un plateau télé me direz-vous. Rien à voir avec le cœur de l’arène. Mais la petite croix blanche collée au sol derrière le pupitre translucide en forme de tronc d’arbitre est l’endroit exact où chaque Héros présent dans la salle voudrait être. Tout ça pour une simple statuette dorée qui doit sentir autant le bouc que les quelques poils au menton du vieux. Regardez-les. La caméra s’attarde sur chacun pas plus de 2 secondes. Un sourire d’une blancheur éblouissante – pour ceux à qui il reste quelques dents – et une fois l’œil du réalisateur sur quelqu’un d’autre, on ressort son visage de carnassier. Vous me trouvez aigri ? Injuste ? On peut dire ça, oui. Effectivement, je n’ai été nominé dans aucune catégorie. Effectivement, je n’ai pas reçu mon carton d’invitation. Oui, je suis jaloux et alors ? C’est pas ça qui m’empêchera d’obtenir ma statuette.
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AM 03:40:25 04/30/2010 |
CHAPITRE 1
- CC+ appelle Lance-Pierres, chuchoté-je dans le petit micro sur ma manche. CC+ appelle Lance-Pierres. - C’est qui Pierre ? Pourquoi tu veux le lancer ? - Putain, Yana, t’es chiante ! - Ouais, bah j’ai le droit d’être drôle aussi. - Et tu l’étais pas là.
Elle laisse quelques secondes s’écouler, me faisant bien comprendre que je dépasse les bornes au sujet de son sens de l’humour. Comme toujours, je cède.
- C’est bon, excuse-moi. Mais pourquoi tu réponds aussi ? - Parce que tu parles dans mon oreillette, tiens. - Mais t’es à côté de moi, Bord… ! - Vous avez pas fini, oui ! nous coupe le chef, nom de code Arbitre. (Oui, je sais. Il est mégalo.) Si vous continuez, on va vous entendre depuis la salle !
Tandis que nous sommes accroupis, mal à l’aise, installés sur les travées métalliques au niveau des projecteurs, au dessus des fauteuils des premiers rangs, Scrat est tranquillement assis dans l’un de ces derniers. Il nous avait dit qu’il fallait une taupe dans l’assistance. Tu parles ! Il fallait juste un fauteuil rembourré pour poser son gros c…
- Bon, vous vous bougez là-haut ? souffle-t-il dans mon oreillette. - Ouais, ouais, réponds-je d’un ton blasé. CC+ appelle Lance-Pierres, CC+ appelle Lance-Pierres. - Lance-Pierres pour CC+, entends-je après un grésillement. Je suis en place, mais j’ai une question. - Je t’écoute. - C’est qui ce Pierre ? - Et lui, il le fait pas exprès en plus, précise Yana, à côté de moi, un petit sourire en coin. - Putain, mais t’occupe, m’énervé-je. Opération « Vieux Con » lancée. - Reçu, mais faudra que tu m’expliques.
Plutôt que de perdre mon temps à lui répondre, je me concentre sur ce qui se passe sur le plateau, vérifiant si tout se déroule comme prévu. D’où nous sommes, les voix nous parviennent étouffées, mais suffisamment distinctes pour que l’on puisse suivre sans soucis.
- Désolé pour mon retard, s’exalte Antoine Déconne, mais j'ai eu un p'tit soucis avec une prostituée qui prenait pas les billets de 100P°. A cause des contrefaçons qu'elle m'a dit. Quelle pute hein ! Je déclare donc ouverte cette cérémonie des Awards !
Ah cette statuette dorée ! Un jour, elle sera mienne. Oh oui, un jour, elle sera mienne.
*****
Au même moment, à quelques mètres plus bas, au bout de nombreux couloirs zigzaguant dans les coulisses, une jolie jeune femme se présente à l’entrée. De longs cheveux blond vénitien lui descendent jusqu’à l’arrière-train qui lui-même est mis en valeur par une mini-jupe fushia. Ses hauts talons claquent sur le marbre du hall d’entrée. Toute sa tenue ferait tourner la tête à tout homme si le décolleté était plongeant, mais pas aujourd’hui. Mais surtout, toute sa tenue ferait tourner la tête à tout homme si elle était portée par une autre femme. Elle s’avance vers le poste de sécurité tenu par deux Gardes Arbitraux, joue légèrement de ses lèvres dans un geste qu’elle veut sensuel et prend la parole de sa voix langoureuse… Enfin le croit-elle.
- Salut beau brun. Je viens voir Antoine Déconne. C’est urgent. - Désolé, répond Satoruk. Mr Déconne est en plateau pour une émission. - Mais c’est très urgent, ajoute-t-elle en clignant des yeux. Je dois le voir maintenant… - Si ça peut attendre qu’il ait fini sa présentation, je peux aller vous le chercher, mais je ne peux pas faire plus. Il vous faudra attendre ici. - Oh mais ce serait parfait, merci.
Alors que Satoruk s’apprête à rejoindre les abords du plateau, Blaffor, son équipier de la soirée, l’attrape par la manche.
- Hé, me laisse pas seul avec elle, mec. - Désolé vieux, faudra te farcir l’huître tout seul quelques minutes.
*****
Sur le plateau, Antoine Déconne termine son speech devant une salle comble. Le projecteur de poursuite le suit comme il faut, mettant son costume de gala en valeur. Il lève sa main libre et scande :
- Il ne me reste plus qu'à vous laisser réfléchir et voter pour éliminer les maillons faibles. Tiens c'est un bon slogan ça, je le mets de côté je le ressortirai. Décidez, va-nu-pieds !
Alors que les lumières s’éteignent quelques instants pendant le changement de décors, avant l’entrée en scène du premier artiste de la soirée, Antoine sort d’une foulée svelte, prend une petite bouteille de Glavio, la boisson énergisante à la mode, et arrache une serviette des mains de son assistante, tout en jetant un coup d’œil intéressé à son postérieur. C’est alors qu’il remarque un GA discrètement installé à l’ombre du rideau. Satoruk s’avance au moment où les premières notes du tube « Comme des glands », de Couille de vieille blatte, résonnent dans la salle.
- Mr Déconne, une… comment dire… une jeune femme, si on peut l’appeler ainsi, vous attend dans l’entrée. Elle dit que c’est urgent. - Hum… Une jeune femme, hein ? Jolie ? - Euh… Je ne me permettrais pas de juger pour Monsieur. Elle a les cheveux blond foncé, de grosses joues, une jupe qui la boudine et ne semble pas savoir se maquiller. - AH MERDE ! Svetlana !
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AM 12:48:49 05/03/2010 |
CHAPITRE 2
- Bon, Yana. T’oublies pas, insisté-je. Un break, une camionnette, n’importe, mais faut qu’on puisse tous rentrer dedans. - Oui oui. Ne t’inquiète pas pour ça. - Bah si, je m’inquiète justement. - Mais fais-moi confiance, clôt-elle la discussion en se dirigeant vers la sortie.
Sincèrement, vous croyez qu’elle va trouver ce qu’il faut, vous ? Je dois avouer être de plus en plus pessimiste quant à la réussite de cette opération. Enfin bon… Ce n’est pas le moment de traîner. J’ai du boulot qui m’attend.
*****
Blaffor et Satoruk se sont légèrement écartés pour laisser un peu d’espace à Antoine Déconne pour qu’il puisse retrouver cette Svetlana en toute discrétion. Mais quand on fait partie de la Garde Arbitrale, la discrétion, on s’en tamponne la nouille. Bien qu’observant le hall d’entrée, les deux videurs d’un soir n’en perdent pas une miette. Sait-on jamais. Tout détail croustillant sur la vie de l’animateur numéro un de la chaîne numéro un peut s’avérer croustillant. Et le croustillant, ça se monnaye.
- Vous pas payer moi assez, explique difficilement Svetlana. - Mais bien sûr que si, chuchote Antoine. On s’est même bien emmerdés pour recompter tous les billets de 5 et 10 P°. - MOI PAS D’ACCORD ! MOI ESPLIQUER À JOURNAL VOUS PAS PAYER MOI ! - Non, non, c’est bon, pas de scandale. On peut aller discuter dans mon bureau ? Tranquillement ? - Si, ça aller si vous payez supplément escort girl. - Euh… Ouais, c’est bien. On va régler ça, d’accord ?
Les deux tourterelles prennent alors le chemin des loges. Antoine Déconne laisse traîner un léger sourire crispé en passant devant les deux GA qui les suivent doucement du regard.
- T’avais remarqué, toi, qu’elle avait un accent roumain, comme ça ? demande Blaffor. - Pas trop non, mais c’est toi qui es resté le plus avec elle. T’as pas taper la causette un peu ? - EH NON ! J'me suis pas tapé la Cosette, non plus ! Y a pas écrit « Misérable » sur mon front ! (Mouais... Un peu facile celle-là...)
*****
Au bout d’un couloir animé par des scripts croisant des agents de star ou autres maquilleuses aux formes voluptueuses (contrairement à Svetlana, vous l’aurez compris), Antoine s’arrête devant une porte bleu ciel sur laquelle est noté, au pochoir rose fraise Tagada, « Antoine Téconne ». Les enfoirés, ils le font exprès en plus, pense-t-il alors. Il jette alors un œil à gauche et à droite, histoire de rester le plus discret possible. Un regard furtif est si vite arrivé. S’en suivent généralement toutes les rumeurs les plus salaces qu’il doit par la suite réfuter en conférence de presse… Les preuves étant la plupart du temps solides, il doit soudoyer, de sa poche, les différents journaux « pipoles » en possession de photos sordides. Il tient donc la porte à Svetlana et, histoire de gagner quelques précieux centièmes, il la pousse vigoureusement puis referme brusquement derrière lui. Le cliquetis de la serrure le rassure alors. Il se retourne, se jette littéralement sur la pute pauvre femme et commence à lui mâchouiller le lobe de l’oreille.
- Non mais, ça va oh ! s’écrie Svetlana d’une voix roque et virile, tout en le repoussant. Tu me lâches ou j’te décolle une mandale ?! Putain ! Globule, j’ai pas signé pour ça, moi !
Je sors alors de l’armoire en bois Kikéla depuis laquelle j’observais la scène il y a quelques instants. La porte étant légèrement étroite pour ma carrure d’athlète de bon vivant, j’ai dû adapter un peu les dimensions des montants. Mais cela reste un détail.
- Ferme-la, Burniche. Si j’avais voulu entendre geindre, j’aurais choisi Yana pour ce boulot. - Tu parles, répond mon collègue Schmurtzes, tout en retirant sa perruque. Elle lui aurait planté le talon dans l’œil avant même qu’il ne la touche. Adieu le butin. - Ouais, ça, c’est l’autre raison qui a motivé mon choix. - Excusez-moi les glandus, intervient Déconne. Vous vous foutez pas un peu de ma gueule à débarquer comme ça dans ma loge ?!
Burniche me regarde d’un air suppliant. Que voulez-vous, je suis bien obligé de céder dans ces cas-là.
- Ok, fais-toi plaisir. - OH ! s’énerve Déconne. JE VOUS -=PAF=-
Et hop ! A côté de ça, la mandale Arbitrale aurait fait pâle figure. Le présentateur de mes deux s’étale de tout son long sur le lino de la loge. Tandis que Burniche s’active aussitôt à enrouler la larve dans une tonne de film alimentaire, j’organise la suite des évènements.
- CC+ appelle GrosseQuiche, CC+ appelle GrosseQuiche. - J’ai dit que je voulais pas ce nom de conne, de code ! Merde quelle quiche ! - Tu vois, Yana. J’avais pas tort. Bon, on est prêts à sortir. On a le rouleau de printemps. - Allez-y alors, je suis juste là.
J’aide Burniche, toujours grimé en Svetlana, à porter Déconne. J’ouvre la porte de secours qui mène de la loge au parking des VIP. Juste derrière, comme prévu, nous attend Yana au volant d’un… de…
- UNE SMART ??!!!! - Ouais, je sais… répond-elle, rougissante. - Mais comment tu veux qu’on rentre là-dedans ?! J’avais demandé un camion ou un break. De la place quoi ! - On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. - Donc, toi, tu peux pas grand-chose, renchérit Burniche.
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AM 09:49:42 05/11/2010 |
CHAPITRE 3
- Allez, arrête de faire la tête, me demande Yana. J’ai pas fait exprès, je te dis. - Et mon cul, c’est le crâne de l’Arbitre aussi ? réponds-je sans desserrer les bras. - T’es lourd quoi. Tu peux pas te dérider ? On l’a choppé le zouave. - Mouais, tant qu’on a pas la statuette, c’est pas fini.
Alors, je tends la main vers l’autoradio, le poste crépite et les haut-parleurs laissent échapper quelques paroles entrecoupées de parasites. J’essaye de jouer sur la fréquence mais aucun changement. Enervé, je me prépare à enfoncer l’écran d’un coup de pied… mais vous avez déjà vu un gros costaud rose réussir à bouger le pied dans une Smart ?
- Rah ! Même cette saleté de radio est en panne ! - Euh, en fait, c’est juste que l’antenne s’est arrachée quand tu t’es énervé sur le capot tout à l’heure… Tiens, me dit Yana, en me tendant une tige métallique. V’la l’antenne. - …
C’est à ce moment-là qu’une voix lointaine retentit dans mon oreille. C’est Burniche, resté dans la loge d’Antoine Déconne faute de place dans le véhicule.
- C’est bon, je me lance, me précise-t-il. - Ok, n’oublie pas de porter plainte, hein. - Vue la gueule que je tire après ta sympathique retouche maquillage, je risque pas d’oublier.
Il y va fort quand même. Je lui ai juste donné une petite baffe dans l’œil pour rendre l’agression crédible. Une vraie chochotte celui-là. Le rôle de la pute lui va comme un gant.
*****
Burniche s’avance vers le GA en poste devant la sortie des artistes. Son pas est volontairement chaloupé, mais la tête lui tourne encore après la mandale de Globule Rouge. C’est qu’il peut être frappé quand il veut celui-là. Tsym, accoudé à une petite guérite en bois, baille tranquillement, pensant désespérément à la compétition de tchatche qu’il va diriger le lendemain. Il faut dire que Le Sadidnab face à Caradig, l’affiche aurait pu être plus alléchante. Burniche s’approche, se cramponnant au bord de la guérite pour ne pas s’écrouler.
- Ça être pour plaindre moi. - Hum ? bougonne Tsym, sortant de sa rêverie. Vu comme tu parles, t’es pas plumée, toi. - Quoi ? Moi être là pour plainte porter je dois. - Désolé, reformule ça autrement, sinon, je ne pourrai pas t’autoriser à prendre la parole. - Mais merde, s’énerve Burniche. Tu peux pas simplement écouter ce que j’ai à dire ?! Je suis là pour porter plainte. - Très bien, tu parles bien la langue. Donc une amende pour usurpation d’identité, contrefaçon de mauvaise qualité d’un accent KolKohZe, insulte envers agent. Ça peut mener loin ça. - Moi pas comprendre. - C’est ça, ouais. Maintenant, dégage, tu m’as lassé. Laisse-moi dormir tranquille. - Hein ? Mais euh… - Dégage !
Burniche sort alors tranquillement de la place, jetant un léger regard par-dessus son épaule. Il pensait que ce serait plus compliqué de s’éclipser. Mais surtout, ne pas prévenir Globule. La plainte pour viol à l’encontre d’Antoine Déconne n’avait pas pu être porté auprès de la GA.
*****
- Scrrrr… En direct de la cérémonScrrrrrrrr… des Awards. Nous venons d’apprendre que lScrrrrr… mateur vedette de l’émission, le célèbre Antoine DécoScrrrrrr… ne présentera pas la Scrrrrrrrrruite de l’émission. - Arrête de bouger, se plaint Yana. On reçoit mal là. - Ouais, bah, je voudrais t’y voir tenir l’antenne à bout de bras par la fenêtre de la voiture. - Scrrrr… D’après un communiqué de l’ARET, l’Agence de Régulation des Emissions Télévisuelles, l’animatScrrrrr… serait suspendu d’antenne juScrrr… nouvel ordre, suite à des Scrrrrrr… propos injurieuScrrrrr… à l’antenne. - Bah ouais, interviens-je. Fallait pas dire que Burniche était une pute.
Yana gare alors la petite voiture citadine de MERDE le long du trottoir, juste devant le QG. Je sors difficilement de la voiture (un ouvre-boîte aurait presque été utile), ouvre le coffre pour trouver Déconne replié sur lui-même. Une jambe dans un sens, l’autre à l’opposé. Il est toujours dans les vapes. Ce qui m’arrange, j’aurai pas besoin de cogner encore.
- Tu devrais faire des origamis, m’annonce Yana. T’as l’air plutôt doué pour les pliages. - Tu veux être mon nouveau modèle ? - Euh… Non, ça va.
Elle m’aide alors à sortir notre otage du coffre de la Smart, non non, ça n’a pas été simple de le faire entrer. Nous passons la porte du QG. A peine à l'intérieur, l’odeur de vaisselle sale agresse nos sens. Faut vraiment qu’on remette la main sur cette éponge magique. Les fioles de bière à la chiure de Kolza traînent sur la table, tenant toujours la carte du plateau de télé bien à plat.
- Go, dis-je. Direction la cave.
*****
Une lumière crue inonde son visage. Ses paupières boursouflées lui font un mal de chien. Malgré tout, il ne peut pas les fermées. Elles sont maintenues ouvertes par deux morceaux de scotch collés aux sourcils. Sommes-nous en plein jour ou bien l’obscurité de la nuit a pris possession des rues ? Il ne saurait le dire. Ses tortionnaires allument et éteignent la lumière de façon irrégulière pour fausser ses repères. Une voix s’élève alors, de derrière le projecteur à la lumière blanche. Toujours la même voix, rauque, grave.
- Alors ? Tu vas nous dire comment obtenir un trophée ?
Encore la même question. Toujours la même question. La réponse est toujours la même aussi, mais cela n’y change rien. Il ne le croit pas.
- Mais, je vous dis que je n’en sais rien. Je suis juste là pour présenter. Je ne touche même pas aux statuettes. - Tu te foutrais pas un peu de ma gueule, l’estropié ? Tu veux goutter une autre fois à la croix de Louhouse ? - Non, non ! Mais je vous dis la vérité ! Croyez-moi ! - J’voudrais bien, mais j’peux point.
La pommette explosa sous le coup d’un objet volumineux, probablement en granit, ou une roche dure dans ce genre-là. Une porte sur la gauche s’ouvre alors à la volée. Une petite voix fluette s’écrie alors.
- Globule ! Tu devineras jamais ! - Yana, bordel ! On avait dit de pas utiliser les noms ! - Et toi, tu viens pas d’utiliser le mien par hasard ? Enfin, on s’en fout. On a plus besoin de l’autre merde là... Et lâche cette croix ! - Ah bah merci, réplique Antoine Déconne, attaché solidement à sa chaise métallique. - TA GUEULE ! réplique Yana. Globule, devine la bonne nouvelle.
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PM 10:51:29 05/16/2010 |
CHAPITRE 4
- Vite, vite, bouge-toi, dis-je à mes camarades. - Bordel, réagit Burniche. Tu pourrais nous aider merdasse. - Non mais oh, je surveille la rue, moi. - Toujours le plan du planqué, hein ? observe Yana.
Nous sommes sortis depuis une quinzaine de minutes du hangar dans lequel nous questionnions Antoine Déconne. Après que Yana nous ait annoncé que les Schmurtzes étaient nominés dans quatre catégories, nous avons décidé de relâcher le présentateur. Mais forcément, on ne pouvait pas le libérer n’importe comment. Nous nous trouvons donc dans l’allée des conchieurs, à proximité de l’avenue El Triso. Pendant que je surveille, à l’entrée de l’allée, que personne ne vienne nous déranger, Yana et Burniche essayent de faire rentrer Déconne dans une benne à ordures jaune pisse. Je ne saurais dire si cette couleur est d’origine ou si elle est due aux vidanges successives d’un Thurim en grande forme… Autant vous dire que quand la GA retrouvera Antoine, il faudra probablement vérifier les taches de vin de son cul pour pouvoir le reconnaître, son visage n’étant plus de toute première fraîcheur. Quoi qu’il en soit, après quelques efforts pour calmer le prisonnier, l’empaqueter dans des sacs poubelles remplis de déchets Schmurtzes (Non, je ne parle pas de notre chef…), Burniche m’annonce qu’on peut y aller. Nous partons tranquillement, les mains dans les poches, sifflant dans l’air comme une poupée gonflable de Kradek qui se serait retrouvée sous le poids d’un You-Bread déchaîné. Super discrets quoi. A une centaine de mètres de l’entrée du hangar, nous passons devant un kiosque à journaux. Les dernières parutions sont en train d’être affichées par Igor, notre ami qui s’est reconverti après avoir été une star éphémère de Cheat-Ball*.
- Salut Igor, je lance. - Hum ? Ah salut mes couilles. - Encore une fois… Merci… - Oups, pardon Yana, vue ta touffe de cheveux, je croyais que Globule se promenait avec son balais. - Connard… - Moi aussi, je t’apprécie. - Alors, quoi de neuf aujourd’hui ? demande Burniche. - Bah, les résultats du second tour des Awards ont été repoussés. Paraît-il qu’Antoine Déconne a disparu. - Qui ça ? demandé-je, feignant l’ignorance. - Bah tu sais, me dit-il, le présentateur là. Celui de TH1… Qui drague tout ce qui a trait au sexe féminin. Tu me diras, vous, vous êtes tranquilles donc bon. - Encore une fois… Merci. - Oups, pardon Yana. J’oublie souvent que tu es la partie « féminine » du gang, précise-t-il en mimant des guillemets avec ses doigts. D’ailleurs, j’ai vu que vous étiez encore dans deux catégories. « Mister Héroville » pour Scrat et « Le babil habile » pour le gang. Bien pour vous. - T’as pas l’impression d’oublier « La Bague du bagou » et « Golden Waterman » ? demande Yana. Qui est nominé déjà ? Ah ça y est, ça me revient. MOI ! - Oups, pardon Yana. Tiens Globule, je te file un exemplaire de la Gazette. Va voir, il y a même un message du ravisseur d’Antoine Déconne, le « Grand fan d‘Heroville » qui s’fait appeler.
Burniche, Yana et moi nous regardons les yeux exorbités puis nous détalons dans le hangar pour voir tout ça.
Après avoir épluché l’article deux ou trois fois… chacun, Yana ayant dû aider ses camarades à lire, vues nos capacités littéraires, nous sommes soulagés. Un abruti a cru détenir Déconne quand nous avions le bon. Personne ne pourra donc nous soupçonner. Yana se lève alors.
- Bon, c’est pas tout. Mais je dois aller à la remise des prix moi. C’est que je suis nominée dans DEUX catégories moi. - Ouais, c’est ça… réponds-je sournoisement. Si tu gagnes ta statuette, fais donc attention de ne pas te faire enlever et séquestrer. - ‘foiré va.
*****
- Bonsoir mademoiselle, accueille Blaffor, dans le hall d’entrée. - Bonsoir, répond Yana. Je voudrais accéder à la salle. - Vous avez une invitation ? demande Satoruk. - Oui, bien sûr. Elle cherche dans son sac. Mais je l’avais là. - Pas d’invitation, pas d’entrée. - Enfin, c’est pas grave, je dois être sur la liste, je suis nominée. Au nom de Yana. - Hum ? Je vérifie… Effectivement, annonce Satoruk en souriant, il y a bien une Yana sur la liste. - Ah ! - Mais elle est déjà entrée. Et elle avait son invitation, elle ! - Quoi ?! - Pas d’invitation, pas d’entrée. - Mais… Laissez-moi passer bordel ! - Oh, on va s’calmer ma p’tite dame, dit Blaffor. Ou sinon, va falloir qu’on s’occupe de vous…
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- Hé, c’est pas Yana là, entends-je chuchotter derrière moi. - Si c’est elle. Suffit de regarder la tignasse. - Mais tu trouves pas qu’elle a grossi là. - Tu sais, depuis qu’elle a gagné un TO, j’ai entendu dire qu’elle se fait inviter à tous les râteliers, alors elle doit bien bouffer, la sal… - Et t’as vu comme elle a la peau violacée. Elle doit être malade.
Je tourne mon attention vers la scène, le chauffeur de salle annonce que la cérémonie va bientôt reprendre. J’esquisse un petit sourire en m'installant le plus confortablement possible dans mon fauteuil rembourré. Je vous avais bien dit que, quelques soient les moyens, je l’obtiendrais ma statuette.
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* Vous pouvez retrouver les histoires d’Igor le supporter dans « Une journée au Stade », aux Editions TUPUDUC
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